Tenrikyo Europe Centre

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Discours du Service mensuel de juin '16

Jean-Paul SUDRE (Chef de Bordeaux Kyôkaï)

Je suis très heureux que nous ayons pu exécuter tous ensemble le Service mensuel du Tenrikyo Europe Centre. J'ai été désigné pour donner le discours ce mois-ci, je vous demande donc quelques moments d'attention.

Il y a quelques mois, en France et en Belgique se sont produits des évènements tragiques. Nous avons assisté impuissants, aux attentats meurtriers de Paris et de Bruxelles qui ont fait comme vous le savez beaucoup de morts. Quand on se penche sur ces faits dramatiques, ce qui est particulièrement inquiétant et très difficile à comprendre, c'est que ces attentats ont été commis par des gens se réclamants de Dieu avec apparemment une croyance très forte et qui affirment également vouloir l'avènement d'un monde meilleur. Il y a là une contradiction flagrante entre les intentions et les actes qui nous dérange et qui doit nous amener à réfléchir.

Personnellement, je me suis beaucoup interrogé sur la croyance sous ses différentes formes et sur l'importance de son rôle dans notre vie. Aujourd'hui, je voudrais en parler un peu, mais vue sous notre angle, c'est-à-dire à la lumière des enseignements d'Oyasama.

Sur ce sujet de la foi, nous trouvons dans le Mikagura-uta deux versets essentiels dont je cite maintenant la traduction française: Mikagura-uta, 6ème hymne, 7-8

« Quel que soit la ferveur de votre foi, n'entretenez jamais en vous l'erreur. »

« Pourtant il vous faut préserver la foi : s'il y a erreur, vous en serez réduit à repartir de rien. »

Personnellement, j'ai l'habitude de traduire les versets mot à mot, afin de saisir leur signification correcte, bien synchronisée, avec les gestes des mains exécutés pendant les danses. Nous savons que le sens des hymnes sacrés se révèle totalement lorsque le chant est associé à la danse et aux gestes des mains.

Voici les versets en japonais, je m'excuse pour la mauvaise prononciation :

Le 1er verset :

« Nambo shinjin shita totemo,
Kokoroe chigaï wa naran zoe.
»

Nambo : signifie la quantité, le poids, la force, indique une quantité sans limite.

Shinjin : signifie la croyance, la foi

Shita totemo : signifie même si tu fais ça, quel que soit.

Kokoroe chigaï : kokoroé signifie la façon d'utiliser le cœur, chigaï signifie erreur. Donc : erreur dans la façon d'utiliser le cœur.

Naran zoe : ne faites jamais ça.

Donc, littéralement on peut dire :

« Quel que soit la quantité sans limite de votre croyance, erreur dans la façon d'utiliser le cœur, ne faites jamais. »

Le verset suivant :

« Yappari shinjin senya naran,
Kokoroe chigaï wa
dénaoshi ya. »

Yappari : pourtant

Shinjin senya naran : Il faut préserver la croyance

Kokoroe chigaï wa : s'il y a erreur dans la façon d'utiliser le cœur

dénaoshi ya : vous ferez dénaoshi. Dénaoshi signifie : Quitter son corps pour revenir, on ne dit pas mourir, mais partir pour revenir, repartir de rien.

Donc, littéralement on peut dire :

« Pourtant, vous devez préserver la foi, mais s'il y a erreur dans la façon d'utiliser le cœur, ce sera le dénaoshi. »

Dans ces deux versets, il est fait une distinction entre la foi d'une part et l'utilisation du cœur d'autre part. Il nous est dit que nous pouvons avoir une foi très forte et en même temps une mauvaise utilisation du cœur. Nous pouvons avoir une petite croyance avec une bonne utilisation du cœur. Les deux ne sont pas directement liés.

Les aberrations, les erreurs énormes dans l'utilisation du cœur se peuvent se concrétiser par des gestes abominables, des situations atroces, des souffrances terribles et des guerres. Sur la terre entière et notamment en occident il y a eu et il y a encore des guerres de religion, car l'être humain ressent souvent le besoin d'imposer aux autres sa façon de voir et ses croyances.

De plus, une très forte croyance peut se mettre au service de l'ignorance qui est la première cause des comportements illogiques et nocifs.

Dans le christianisme, il y a une phrase célèbre de Jésus qui, lorsqu'il est cloué sur la croix, s'adresse à Dieu en disant : « Seigneur, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Bien sûr s'ils avaient su, ils n'auraient pas agi ainsi. La plupart du temps nous faisons les choses de travers parce que nous sommes ignorants et cette ignorance nous amène à commettre des actions complètement décalées et négatives.

La croyance, c'est ce qu'on considère comme étant vrai, mais sans l'avoir forcément expérimenté. Elle repose aussi sur la confiance. On a cru ce que nos parents nous ont dit ou indiqué. Enfants on nous apprend d'abord le nom des choses : maman, papa, lait, bouteille. Jour après jour, à la maison, à l'école, à l'église et maintenant par la télévision, on nous dit comment vivre et quels sont les comportements acceptables. Nous croyons la plupart du temps très fort à toutes ces choses. Cela devient notre vérité et tous nos jugements se fondent là-dessus.

Bien qu'elle nous demande de préserver la foi, Oyasama insiste surtout sur la façon d'utiliser le cœur et l'esprit. C'est pourquoi elle nous encourage à réfléchir, à méditer, à faire le calme en nous-même, et à prendre nos décisions une fois que nous avons bien intégré et clarifié toutes nos pensées, nous permettant ainsi de bien avancer sur la Voie.

Ofudesaki, XII, 180, XVI, 79 :

« Et bien ! Méditez donc et que votre cœur s'affermisse parfaitement... »

« Allez, réfléchissez ! Transformez votre cœur et faites que la fermeté soit de rigueur dans votre pensée ! »

Mikagura-uta, 9ème hymne, 5-6 :

« Il en est de même pour tous les autres : Ne marchez sur mes pas qu'après mûre réflexion. »

« Je ne vous oblige pas à vous mettre en route tant que votre cœur n'est pas affermi. »

Bien sûr, si nous avons foi en Oyasama, nous avons une grande chance et une grande force ; mais Elle ne nous demande pas d'avoir une foi aveugle dans ce qu'elle nous dit, mais plutôt d'expérimenter pas à pas son enseignement.

Ainsi nous lisons dans l'Ofudesaki :

« Dieu attend impatiemment l'avancement de ses enfants. Là est son unique dessein. »Ofudesaki, IV, 65.

En avançant, nous sommes guidés vers la vraie foi « Shinjin »où l'on considère pour vrai ce que l'on a expérimenté comme étant vrai et qui débouche sur la joie véritable.

Quand la croyance est associée à la joie, on devient enthousiaste, à ce moment-là, on est rempli de sensation d'unité, tout va bien et tout est à sa place. Il nous vient naturellement l'esprit d'entreprendre joyeusement avec certitude, sans frustration ni lutte contre les autres.

Oyasama nous pousse à aller dans ce sens. Ofudesaki, XIV, 23-24:

« Partout dans le monde, c'est toujours la même chose, il n'y a qu'inertie dans les cœurs. »

«  A partir de maintenant, changez à fond votre cœur et faites-le déborder de joie ! »

La façon exacte d'utiliser le cœur nous est enseignée ici. Rien d'autre ne nous est demandé, pour arriver à cela, il n'est pas nécessaire de croire ou ne pas croire, mais plutôt d'expérimenter, de mettre en pratique l'enseignement.

Il n'y a personne qui désire être malheureux, donc il semble logique même pour quelqu'un qui a une petite croyance, d'essayer cette façon d'utiliser le cœur.

Si l'on essaye vraiment on peut alors constater qu'une fois cette intention gravée dans notre esprit, elle est totalement efficace et a le pouvoir de transformer radicalement notre vie.

Oyasama nous dit dans l'Ofudesaki :

« Cette fois, je vais vous faire voir en vérité ce qu'est ma liberté totale. Vous en aurez alors la preuve. »

« En le voyant, soyez convaincus que ma liberté totale sera à la mesure de votre cœur. »Ofudesaki, VI, 129-133.

On peut constater que la bonne utilisation du cœur, c'est-à-dire comme on vient de le voir : tout ce qui va dans le sens de la joie, va de pair avec l'apparition de la foi, car celle-ci semble être une conséquence de la bonne utilisation du cœur.

Il nous est dit : « Faites de votre vie une excursion joyeuse. » Donc essayons d'éliminer ce qui est contraire à la joie.

Aujourd'hui par exemple, je peux très bien essayer d'éliminer la colère.

Je peux très bien imaginer : comment je serais s'il n'y avait pas de colère ? Qu'est-ce que ce serait une personne qui ne ressent pas la colère ? Alors en ressentant cela au fond de moi-même, je peux essayer de le vivre concrètement. Peut-être pas tout au long de la journée, mais au moins quelques minutes.

Puis, je peux recommencer et refaire la même chose le lendemain, peut-être un peu plus longtemps et progressivement transformer ainsi le cœur.

J'ai pris la colère pour quelqu'un de coléreux, mais on peut agir de la même façon pour n'importe quelle autre poussière mentale, de la mesquinerie jusqu'à l'orgueil.

Toutes ces poussières mentales empêchent la joie Yôki de rayonner, elles nous entrainent vers son contraire inki, la morosité, le manque d'enthousiasme, le fatalisme.

Même si j'ai une forte croyance, si je vis dans inki, je n'avance pas sur le chemin du yôkigurashi. Je suis bloqué dans « kokoroé chigaï », l'utilisation du cœur erronée.

L'utilisation correcte est dans l'amour, la joie, le contentement, l'enthousiasme. On pourrait dire que tout le reste c'est kokoroé chigaï. L'utilisation correcte du cœur produit la santé et la prospérité individuelle et collective.

Lorsque la joie s'exprime, les forces de la vie, c'est-à-dire les dix fonctions protectrices, circulent librement sans obstacles en nous et autour de nous de façon plus abondante à tous les niveaux, matériels, physique ou psychique.

Si l'on fait passer la bonne utilisation du cœur en premier en appliquant l'enseignement, ça va nous amener à la foi qu'il sera tout naturel de préserver.

La compréhension de cette partie de l'enseignement, nous éloigne du fanatisme, des positions trop tranchées et de l'esprit de séparation. Cela va nous amener aussi vers une plus grande compréhension de l'autre.

Dans notre vie quotidienne, quels sont les signes qui nous montrent qu'il y a erreur dans la façon d'utiliser le cœur ?

Nous lisons dans l'Ofudesaki :

« Tout ce qui se trouve dans le cœur de chacun, je le fais clairement apparaitre sur le corps. »Ofudesaki, XII, 171.

Les premiers signes visibles sont donc les manifestations sur le corps. Les sensations négatives qui apparaissent sur le corps, comme les irritations, les mal-être, les tensions physiques musculaires ou nerveuses, les sensations de boule à l'estomac, les fatigues sans raisons apparentes, ces indications nous les recevons tous régulièrement dans nos vies respectives sans y faire attention.

Pourtant, ce sont des signes qui nous montrent une mauvaise utilisation du cœur, c'est-à-dire une utilisation où la joie est absente. La moindre impatience a une répercussion sur le corps. Lorsque nous sommes agités ou stressés c'est aussi une indication que nous sommes dans kokoroé chigaï.

Un autre signe, c'est l'insatisfaction ou le mécontentement qui résulte de l'écart existant entre ce que l'on voudrait se voir réaliser et ce qui est vraiment.

En fait, le seul objectif que nous devrions avoir quelles que soient les activités que nous sommes en train de faire c'est d'être heureux. Ce devrait être aussi le seul travail véritable à mettre en œuvre  car il est enseigné à l'Origine :

« Oyagami créa les hommes pour que ceci mènent une vie de joie et que lui-même en les voyant puisse s'en réjouir avec eux. »

Tout ce qui est contraire à la joie, c'est kokoroé chigaï (erreur dans l'utilisation du cœur), nous entrainant ainsi dans des désordres, des blocages en nous et autour de nous.

On peut avoir une foi très forte et être dans le même temps dans une attitude de cœur erronée.

Regardons ces personnes qui ont commis les attentats, elles ont une foi tellement forte qu'elles n'hésitent pas à se faire sauter avec des bombes attachées autour de leur corps. Ils se font exploser au milieu d'autres personnes commettant ainsi de multiples crimes avec comme support leur foi puissante. Ils croient en faisant ça gagner le paradis.

C'est l'ignorance associé à une erreur d'utilisation du cœur qui les a amenés à un tel état d'aberration. Mais cette ignorance est servie par une croyance tellement forte que tout de suite il y a dénaoshi. Au moment même où la personne fait cette erreur du cœur kokoroé chigaï, le dénaoshi est immédiat, la personne meurt avec les autres.

Cependant, Oyasama nous indique qu'il est important de préserver la foi, mais que s'il y a erreur, nous ferons dénaoshi.

Les attentats vécus ces derniers temps par la France et la Belgique sont soutenus par une certaine croyance, c'est aussi le résultat de« kokoroé chigaï ».

En constatant tout cela, nous pouvons dire que la foi ce n'est pas l'essentiel, ça peut être parfois même un outil très dangereux.

Cependant Oyasama nous dit :

« Pourtant, il vous faut préserver la foi. »

Oui, car à chaque instant nous avons le pouvoir de transformer le cœur et de le faire déborder de joie, il faut croire que c'est possible, ceci il faut se le répéter chaque jour de façon à ce que ça devienne une de nos croyances fortes.

C'est cette croyance associée à « la bonne utilisation du cœur » qu'il faut préserver. Pour la préserver, entrainons-nous à utiliser le cœur en utilisant la joie comme carburant, car c'est le seul sentiment qui soit en accord parfait avec la vie.

Tous les êtres qui sont autour de nous, c'est-à-dire les gens, les animaux et les plantes en bénéficieront et deviendront des êtres qui nous aiment, renforçant encore un peu plus notre progression vers le monde du Yokigurashi.

Je vous remercie de votre attention.