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Discours du Service Mensuel de novembre '12

Kiyomi TSURUTA (Femme du chef de Tenrikyo Nagoya-Paris)

Nous venons d'effectuer le Service mensuel de novembre dans l'union des cœurs et dans la joie, et je vous en remercie sincèrement. Bien que je manque encore d'expérience, je me permets de vous parler de choses auxquelles je crois.

Dans les conversations quotidiennes, au Japon, on entend des choses comme « c'est une personne vertueuse », « je n'ai pas la vertu qui me permet de faire telle chose », ou encore « accumulons de la vertu ». C'est ce mot de « vertu » dont je souhaite vous entretenir à présent.

Quand vous entendez prononcer le mot de « vertu », quelles images vous viennent à l'esprit ? Quand j'étais enfant, l'image qui se présentait à moi, c'était « placer son épargne à la banque de Dieu ». Si j'accomplissais une bonne action, j'augmentais mon avoir à la banque de Dieu, mais si j'en accomplissais une mauvaise, je le diminuais. Aujourd'hui, cette image est plutôt que « Chacun a sa propre force de cœur, sa propre force d'âme ». Mis face à une même difficulté, certains la surmontent énergiquement, d'autres sont écrasés par elle. D'où provient une telle différence ? Je crois qu'elle provient de ce que j'appelle « la force de l'âme, sa vertu ».

Une personne de Tenrikyo a parlé de la vertu en la comparant au cœur de chacun, considéré comme un récipient. Imaginons que le récipient propre à chacun est destiné à recueillir de l'eau de pluie. Celui qui possède un grand récipient pourra recueillir une grande quantité d'eau de pluie. Mais un petit récipient ne pourra en recueillir qu'à la mesure de son volume. Un être humain qui ne connaît pas le volume de son récipient essaiera de mettre beaucoup d'eau dans un petit récipient. Il voudra en mettre autant que dans le grand récipient de son voisin. Mais comme le volume de leurs récipients n'est pas le même, il ne le pourra pas malgré tous ses efforts. Et il ne le pourra pas tant qu'ils n'augmentera pas le volume de son récipient. Il voudra ceci, il voudra cela, il achètera plein de choses, et il tombera dans l'enfer de la dette : on peut dire que c'est là la conséquence du fait qu'il cherche à remplir son récipient au delà de ce qu'il peut contenir, parce qu'il n'en connaît pas le volume.

Mais alors, si le volume de ce récipient est donné à la naissance, est-il vrai qu'on ne pourra pas le modifier ? Si, bien sûr, on pourra le modifier. Comment alors peut on posséder un grand récipient dans le cœur, ou en d'autres termes, est-ce qu'on peut accumuler de la vertu ? Dans les Anecdotes, on peut lire l'histoire suivante:

Oyasama déclara un jour à Yoshie Iburi :
« Réveil matinal, honnêteté et labeur. La différence entre se faire réveiller par quelqu'un et réveiller quelqu'un est aussi grande qu'entre l'absence de vertu et la vertu. L'honnêteté, c'est travailler consciencieusement sans être regardé, complimenter toujours autrui.
Lorsqu'on ne met pas en pratique ce qu'on a écouté, on est soi-même mensonge. En faire plus, un petit peu plus, encore un petit peu plus, ce n'est pas être avide, c'est le travail de la sincérité. »(111. Se faire réveiller le matin)

On peut dire que les trois prescriptions dont il est ici question, « Réveil matinal, honnêteté et labeur », sont des mots-clefs pour accumuler de la vertu ; dans ces mêmes Anecdotes, ces trois prescriptions sont mentionnées sous le titre : « Les trois trésors ».

Un jour, Oyasama dit à Izô Iburi :
« Izô, ouvre voir ta main. »
Izô s'exécuta.
Oyasama prenant alors trois grains de riz :
« Ça, c'est le réveil matinal, ça, l'honnêteté et ça, le labeur »,
lui dit-elle.
Et posant un à un les grains sur sa paume elle ajouta :
« Ces trois grains, garde-les précieusement, surtout ne les perds jamais. »
Et Izô, toute sa vie durant, observa fidèlement cette prescription.(29. Les trois trésors)

Je crois que tout le monde a entendu parler de M. Izô Iburi, celui qui a reçu ces paroles : il est celui qui, suivant la volonté divine, a transmis les paroles de Dieu à la place d'Oyasama après qu'elle s'est faite invisible. Il est la seule personne de Tenrikyô a avoir reçu une semblable fonction. Je crois que M. Izô était assurément une personne née avec un beau cœur, mais vu qu'il a passé toute sa vie à garder précieusement les paroles d'Oyasama, je pense que c'est pour avoir accumulé de la vertu qu'il a été choisi par Dieu.

On a conservé les discours qu'Oyasama tenait à M. Izô, comme le discours suivant :

« Izô, cette Voie, c'est que tu accumules de la vertu cachée. Quelle que soit la façon dont tu travailles, dont tu étudies sous les yeux de quelqu'un, si tu bâcles ton travail ou si tu dis du mal de quelqu'un dès qu'il a le dos tourné, tu ne recevras rien de Dieu. Si tu reçois des remerciements de quelqu'un, ta vertu en sera diminuée. »

On dit que M. Izô a remis en état un pont endommagé et un mauvais chemin à l'insu de tous après avoir reçu ce conseil.

Quand on fait une bonne action, on veut le dire à quelqu'un. Parce qu'on veut être admiré, parce qu'on a envie que soit reconnue la peine que l'on s'est donnée. Ou encore, alors que l'on fait attention en présence de quelqu'un, quand cette personne ne nous voit plus, on est indulgent envers soi-même et l'on se dit : « laissons ça comme ça » ou « ça ira bien comme ça ». C'est ce que je ressens moi-même, en particulier le matin au réveil. Si quelqu'un reste dormir à la maison, je peux me réveiller sans problème, mais s'il n'y a que la famille, je me dit inconsciemment « encore 10 minutes, encore 5 minutes », et je dors trop longtemps. Après avoir commencé de réfléchir à cette histoire, je me suis demandé s'il ne serait pas prétentieux d'en parler devant quelqu'un : c'est un véritable conflit avec moi-même.
En gardant toujours dans mon cœur « Réveil matinal, honnêteté, labeur », je veux agir sans duplicité.

Voici d'autres discours de M. Izô :

L'être humain, pour vivre en ce monde, doit accumuler de la vertu cachée à partir de n'importe quelle chose. La vertu ne peut pas être donnée. Il est donc normal que les hommes fassent ce qu'ils ont l'habitude de faire. La vertu cachée est une petite chose, c'est ce que l'on fait pour demain, ou pour les autres. Si l'on prête attention à cette petite chose, la vertu cachée s'accumule, et Dieu se réjouit. Si l'on agit à la demande de quelqu'un, ce n'est pas la vertu cachée. Ce qui est important, c'est qu'en agissant le cœur pense à ne pas laisser les choses pourrir, s'abîmer, car si on traite les choses avec négligence, on ne se conforme pas à la loi du ciel.(« Michi-no-tomo », juin 1936)

Accumuler de la vertu cachée est une petite chose. Si l'on agit en ayant dans le cœur cette phrase : « ce que l'on fait pour demain, ou pour les autres », Dieu se réjouit. Il est enseigné que « ce n'est pas agir à la demande de quelqu'un », mais qu'il est important d'utiliser constamment son cœur de manière à « ne pas laisser les choses pourrir, s'abîmer ».
En voici un exemple plus concret : des conseils que M. Izô a donnés à un jeune homme qui préparait du thé.

... Ce charbon, il nous est donné par Dieu. C'est pour cela qu'il faut l'utiliser soigneusement. Si on l'enflamme, il devient tout de suite de la cendre. Si on le couvre avec de la cendre, au lieu de durer une heure il peut durer trois heures et même quatre heures. Une chose qui dure normalement deux heures, si on ne la fait durer qu'une heure, on gaspille trois heures de la protection de Dieu. Comme tout ce qui existe dans le monde appartient au ciel, on doit l'utiliser le plus soigneusement et le plus longtemps possible, quoi que ce soit.(« Michi-no-tomo », avril 1947)

On peut faire durer trois heures ou même quatre heures le charbon que les gens ordinaires ne font durer qu'une heure, si l'on est conscient que c'est un don de Dieu. Au contraire, si on l'utilise sans réfléchir, on gaspille inconsciemment la protection de Dieu. Si je regarde ma vie quotidienne, je crains d'avoir gaspillé une grande quantité de protections de Dieu.

Aujourd'hui on peut avoir facilement beaucoup de choses. Si une personne parmi nous pense : « telle chose est insignifiante », c'est que le cœur de cette personne s'attache inconsciemment au luxe. Voyant les difficultés de la Fondatrice alors que personne ne venait vers elle, M. Izô a soutenu la famille Nakayama. Dans son cœur, il n'y avait que l'image d'Oyasama au milieu de difficultés continuelles. Il en a parlé par la suite :

Ne gaspillez pas le moindre centime. Notre situation d'aujourd'hui est toute due à notre Fondatrice qui n'avait pas même un morceau de bois à brûler quand elle était présente physiquement. A la fin d'une certaine année, la Fondatrice m'a dit, un peu après minuit, qu'elle voulait avoir quelque chose à mettre dans le feu parce qu'il faisait froid, alors je suis allé au dépôt de bois, mais je n'ai rien trouvé. A grand peine, j'ai ramassé des aiguilles de pin, je les ai rapportées à pleine main et les ai brûlées dans un petit brasero de céramique. Mais comme c'était des aiguilles de pin, elles ne durèrent pas longtemps. Aussi ces trois personnes (Oyasama, son fils et sa fille) ont-elles dormi en gardant leurs mains sur le brasero.(« Michi-no-tomo », avril 1916)

La saison froide est arrivée, mais nous, nous avons la chance de pouvoir vivre sans avoir froid. C'est grâce à nos prédécesseurs qui sont passés par de telles épreuves sur la Voie. C'est pourquoi nous devons vivre la joie au cœur. Mais il ne faut pas oublier notre Fondatrice qui a vécu dans le froid sans avoir le moindre morceau de bois à brûler, mais seulement des aiguilles de pin ramassées par terre.

Le deuxième façon d'accumuler de la vertu, c'est de tirer parti des choses et des êtres humains sans gaspillage, en sachant que tout ce qui existe dans le monde est un don de Dieu.

La raison pour laquelle j'ai voulu vous parler de la vertu, c'est qu'après le Service du soir de cet été à la Grande Eglise, on a lu ensemble l'histoire du premier chef de l'église d'Aïmachi. Tout ce dont j'ai parlé jusqu'à maintenant est écrit dans cette histoire. Je voudrais vous la lire :

La vertu n'existe pas en présence de quelqu'un.
Elle existe dans l'ombre que personne ne voit.
Pratiquez votre sincérité dans cette ombre même que personne ne voit.
Ainsi, votre sincérité fera ce que personne ne peut faire.
Cet endroit même que personne ne voit, vous, vous le connaissez bien.
La chose même que vous connaissez, Dieu la connaît.

On entend souvent l'expression « grâce à quelque chose » ou « grâce à quelqu'un », ce qui se dit en japonais « grâce à l'ombre ». Et c'est une chose juste.
Si nous agissons parfaitement dans l'ombre, nous ne rencontrons aucune difficulté.
Ceux qui respectent les choses dans l'ombre peuvent en recevoir abondamment.
A ceux qui respectent l'argent dans l'ombre, l'argent afflue.
Ceux qui aident autrui dans l'ombre, reçoivent à point l'aide inattendue de quelqu'un.
Les paroles de quelqu'un qui pratique complètement la loi du ciel dans l'ombre sont efficaces.
Les choses arrivent comme il dit. C'est pourquoi si l'on ne garde pas ses paroles, la loi du ciel agit.
Les êtres humains marchent avec leur ombre, leur ombre les suit partout.
Par quel chemin un être humain est-il passé? De quelle façon passe-t-il quotidiennement là où personne ne passe. C'est cela son trésor.
Donc, la Voie enseigne d'accomplir complètement la loi du ciel dans l'ombre.
Ce qu'on appelle vertu, c'est la puissance de l'ombre de cette personne.(« Vaincre l'innen », Kiyokazu Sekine)

Je crois qu'il n'est pas nécessaire de donner des explications. Nous pouvons passer chacun des jours de la période de trois ans/mille jours qui conduit jusqu'au 130e anniversaire de la Disparition d'Oyasama en nous demandant comment nous comporter lorsque personne ne nous voit.

Je vous remercie pour votre aimable attention.